En donnant à voir, dans un quotidien que l’on croyait banal, toute l’extravagance des mémoires mêlées, Lise Lecocq pratique un art de la coïncidence : où lieux de vie, représentations populaires et communautés humaines sont surprises la main dans le sac du souvenir, se redécouvrent ensemble et sont promises à fêter l’extraordinaire rencontre. Elle convoque des œuvres qui n’ont pas besoin d’artistes, sans règle, plus souvent hors des villes, en cognant à toutes les portes jusqu’à connaitre tout le monde.
Ainsi d’abondants collectages, documents photographiques, vidéos, enregistrements audios, apparaissent dans des lieux en partage, des documents faits d’ici et de ce qui s’y trouve. Chacun se découvre à la fois sujet, acteur et témoin d’une mémoire offerte telle-quelle, dans une simplicité quasiment exhaustive.
Rapidement, les conditions sont réunies pour que l’œuvre s’impose d’elle-même et dépasse les humains qui l’avaient convoquée, ainsi se découvre-t-on artisans et matériaux à la fois. On ouvre des portes restées closes depuis longtemps, puis s’engagent des fabriques partagées avec comme support les habitants, comme outil l’art plastique et documentaire, et comme technique la fantaisie.
Bientôt tout le monde s’y met, les installations s’installent toutes seules, elles viennent sans prévenir comme se décident les fêtes. En creusant ce qui est là, chacun devient plus attentif à son présent. Des célébrations s’organisent, les habitants regardent leurs mythes, ils découvrent qu’une somme délirante d’histoires partagées réside entre eux ; on comprend que cette mémoire nous engage ensemble, que cela n’est pas rien, que nous en sommes garants et qu’il nous appartient d’en tisser l’avenir. C’est qu’il s’agit moins de brandir un savoir-faire que de cultiver un savoir-être-ici, posés les uns à côté des autres, noyés ensembles, avec notre bonté impatiente, nos provocations affectueuses, notre saine critique, comme dans les plus joyeuses fêtes.
Loup Uberto